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Natures mortes et Vanités (extraits)

Malgré la contradiction apparente, il ne m’a pas semblé si insensé, lorsque j’ai commencé ce sujet début 2009, de pratiquer la nature morte en faisant des instantanés.
En effet, ce genre impose à l’auteur une mise en scène de différents éléments et le choix de lumières très soignées que j’ai décidé de me laisser offrir et, au contraire, de ne pas intervenir du tout dans l’élaboration des dites natures mortes.
Des cimetières de Paris et de province ont répondu à mes attentes et c’est celui du Père-Lachaise qui, le premier, m’a révélé, au milieu du tumulte, que se dégageait un charme particulier des bouquets de fleurs fausses et des compositions improvisées par les visiteurs.
Par là, j’évacuais les contraintes de l’exercice de style et me donnais, aussi, l’opportunité de «composer» des Vanités, très en vogue dans la peinture du XVIIème siècle et qui avaient pour fonction de rappeler au commun des mortels la précarité, la vanité de notre condition.
Pour autant, on ne trouvera pas de squelettes et autres crânes dans ce travail, pour rappeler notre fin inéluctable, du moins en apparence, mais des évocations de notre fragilité ou de la brièveté de la jeunesse et de la vie, à l’aide d’objets, de plantes, d’ombre ou de fruits cadrés dans des situations éloquentes.
Ici, toutes les fleurs sont factices, sauf celles produites par le hasard. Elles mentent avec un certain charme et, bizarrement, ce sont les plus anciennes qui me paraissent les plus réelles. Ces fleurs participent au rituel de « passage » et font office de « vrais-faux » passeports pour l’au-delà.
Chemin faisant, il m’est apparu que j’évoluais en terrain délicat : nous vivons dans un monde aseptisé où la mort est taboue. On y cultive le paradoxe de la montrer, tout le temps, aussi violemment que possible et en même temps de ne pas en parler, jusqu’à la faire disparaître de l’intimité familiale par l’entremise de l’hôpital.
C’est le cimetière du Père-Lachaise à Paris, si beau et si riche d’Histoire qui m’a conforté dans l’idée de poursuivre ce sujet dans d’autres lieux dont la sérénité m’a fait le plus grand bien. Ce sujet parle de rituels et de disparition, le flou est là, parfois, pour la symboliser.
Une photographie, pour moi, doit organiser l’essentiel et se suffire à elle-même ; c’est une sorte d’aphorisme visuel auquel j’essaie, chaque fois, de donner une forme dont Victor Hugo aurait dit : « c’est le fond remonté à la surface ». Vanitas vanitatum et omnia vanitas.
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